Présidentielle 2020 en Côte d’Ivoire: Pourquoi pas une femme ?

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Pourquoi pas une femme ?

 

Au 1er avril 2019, 26 pays avaient une femme à leur tête avec des fonctions de dirigeante ; soit 5 de plus qu’en 2018. On compte également 11 femmes vice-présidentes. Sur ces 26 dirigeantes, 12: sont à la tête de pays européens contre une seule en Afrique (Ethiopie). Malgré cela, selon les chiffres dévoilés en mars par María Fernanda Espinosa Garcés, présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, 90% des chefs d’État et membres de gouvernement sont des hommes, tout comme 76% des membres des Parlements.

 

 

22,3% de parlementaires africains sont des femmes contre 8% en 1995. Occupant 40% de l’agriculture, elles produisent 80% des denrées alimentaires dans les ménages. Malheureusement, 28 millions de filles en âge d’être scolarisées n’iront probablement jamais à l’école. Selon le rapport ‘’Laissées pour compte’’ de l’UNESCO, 10% n’iront jamais à l’école en RDC contre 92% au Mali, 91% au Niger.

 

Autrefois confinées dans la cuisine, les plantations, à faire des enfants, elles ont su et pu s’émanciper de certaines pesanteurs pour se retrouver dans les sphères stratégiques. Et ce, dans la politique, l’économie, le social, la technologie, la défense et sécurité…. Des efforts ont été faits. Le bilan pourrait s’améliorer. Fort heureusement, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, la Guinée, le Niger, le Mali, le Ghana organisent des élections en 2020. Est-il possible d’avoir des femmes dirigeantes sans ces pays ? A défaut de femmes présidentes, le ratio de femmes aux postes de responsabilité dans ces Etats africains pourrait-il être en hausse ?

 

Le 31 octobre 2000, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait à l’unanimité la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité (FPS). Pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, le Conseil de sécurité a officiellement pris acte des préoccupations des femmes en matière de paix et de sécurité et accordé à cette question une place dans ses débats.  31 octobre 2000-31 octobre 2020, la Résolution 1325 aura 20 ans lorsque les Ivoiriens seront entrain de se choisir un nouveau président. De quoi est-il question dans la résolution 1325 ?

 

La résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité du Conseil de Sécurité des Nations Unies recommande « la participation des femmes dans toutes les actions de maintien et de consolidation de la paix », ainsi qu’une représentation accrue des femmes, dans les instances décisionnelles, à tous les niveaux. La R 1325 requiert également que tous les acteurs impliqués dans les accords de paix prennent en compte la protection des femmes et des filles, et le respect de leurs droits, dans les processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) d’anciens combattants. Alors que les résolutions précédentes avaient appelé à protéger les civils de manière générale, la résolution 1325 se distinguait en ce qu’elle reconnaissait l’impact disproportionné et tout à fait particulier des conflits armés sur les femmes et soulignait la nécessité d’une pleine participation des femmes en tant qu’actrices de la paix et de la sécurité.

 

Le R 1325 donne aussi une grande place à l’implication des femmes dans les mécanismes de prévention et résolution des conflits. Cette résolution a marqué un tournant : si l’égalité des genres était auparavant envisagée sous le seul angle du développement, l’adoption de la résolution 1325 a permis d’ancrer cette question dans le domaine de la paix et de la sécurité. Les femmes ne seraient plus considérées comme des victimes sans défense, mais comme de véritables actrices de la paix et de la sécurité.

 

Eprouvée par plus de dix années de crise, la Côte d’Ivoire est fragilisée par une rupture de la cohésion sociale, l’insécurité, un ralentissement du développement inclusif… Il s’en est suivi une chute accélérée des cours de certaines matières premières qui ont contribué à accentuer le taux de pauvreté évalué à plus de 46%. Le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire est appelé, face à cette situation, à apporter des solutions urgentes et efficaces, notamment en termes de consolidation de la paix, de développement inclusif, de recherches de solutions aux graves crises du système éducatif, sanitaire. Dans un tel contexte, après les présidents Houphouet, Bédié, Gbagbo, Ouattara, pourquoi pas une femme en 2020 ?

 

Dr Sylvain N’GUESSAN est le président du Cercle de Réflexion Stratégique d’Abidjan (CRSA). Il dirige, par ailleurs, le Groupe d’Etudes et de Travail ‘’Relations économiques internationales et Diplomatie’’.